Assurément, évoquer l’univers des Gnawa c’est convoquer bien des mondes ! Celui de la musique, évidemment, mais aussi celui de l’histoire et de ses lieux de migration, celui de la spiritualité, du sacré et même de l’invisible !
Ces descendants d’esclaves de pays subsahariens (Guinée, Sénégal, Soudan, Mali…), sont progressivement arrivés au Maroc entre les XVIe et XIXe siècles. Au fil du temps c’est une véritable confrérie qui s’intègre dans le pays, notamment autour de Marrakech et surtout Essaouira. Leurs rituels, leur spiritualité et leur musique peuvent s’y épanouir sans trop d’entraves.

Aujourd’hui la partie la plus visible de cette culture est cette musique aux rythmes effrénés telle que l’on peut encore l’entendre, chaque jour, sur la Place Jemaa el Fna à Marrakech. Les musiciens s’en donnent à cœur joie.

Les couleurs chatoyantes de leurs costumes attirent également le regard du passant. L’un d’entre eux fait tourbillonner le pompon de son couvre-chef, chekiya ou chechia, orné de coquillages. Il s’amuse d’amuser ! Les spectateurs en prennent plein les yeux et les oreilles !

La collaboration de musiciens Gnawa avec de célèbres artistes occidentaux, tels que Jimmy Page, Robert Plant (Led Zeppelin), Randy Weston… a donné à leur art une résonance mondiale. Le Festival Gnawa et Musiques du Monde d’Essaouira, a contribué largement à sa diffusion.

Dès les années 90, la World Music ou la Musique Fusion permettent à cet univers musical, si particulier et reconnaissable entre mille, de s’établir durablement avec succès.

La culture Gnawa est inscrite depuis 2019 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité
La frénésie de la musique Gnawa est articulée autour de trois instruments : le guembri, sorte de luth-tambour, les crotales métalliques également appelés qraqech, et les tambours ou tbel (aussi nommés ganga), frappés à l’aide de deux baguettes.

Le guembri n’a que trois cordes (en intestins de bouc) et sa caisse de résonance recouverte d’une peau de dromadaire, tannée et séchée, lui donne ce son percussif. Il est joué par le maître-musicien (maâlem) qui est aussi le chanteur.

Les qraqech sont tenues par les danseurs qui peuvent exécuter des figures et des cabrioles. Ces castagnettes métalliques, emblématiques de la musique Gnawa, viennent renforcer son caractère étourdissant.

Les tbels, en bandoulière, résonnent fort et peuvent introduire le rite sacré de possession.

Certes, les concerts ou les enregistrements de musique Gnawa laissent bien entrevoir et même ressentir le tourbillon et l’étourdissement engendrés par la forme répétitive, obsédante et hypnotique de ses rythmes. Cependant, seules les cérémonies de transe, appelées « lila » permettent d’appréhender la dimension religieuse et spirituelle, la force de l’invocation des esprits et la vocation thérapeutique et psychique de cet univers sonore. C’est une véritable connexion avec le divin qui veut être établie !

Pour l’avoir vécu, ces instants sont assez insolites et mémorables ! Tout commence comme une soirée tranquille chez des amis. On déguste des douceurs, du thé à la menthe, du slilou et des jus. On échange… Quand la musique commence, la tension monte très progressivement. Les percussions, tbel, se réveillent. Les rythmes sont maintenant des appels pour une invitation à la possession par des esprits protecteurs. Les odeurs d’encens, de benjoin remontent des braseros. Des tissus de toutes les couleurs virevoltent. Tous les sens sont mobilisés !

Entre les danses tournoyantes, les cris, les gémissements, les incantations, les têtes qui tournent, les chevelures hirsutes, les évanouissements, les tremblements, les convulsions, l’expérience est impressionnante et inoubliable, croyez-moi !





