AL-ANDALOUS
Dans son film “Le destin“, le réalisateur égyptien Youssef Chahine plante le décor de l’Andalousie du XIIe siècle. Il nous aide précieusement à imaginer l’atmosphère, les mœurs et le foyer intellectuel et religieux de cette région sous domination de la dynastie Almoravide autour des villes de Cordoue et Séville. L’intérêt pour les sciences, la médecine, l’astronomie va grandissant et les universités, les bibliothèques, les jardins botaniques, les pharmacopées fleurissent.

C’est autour d’un personnage emblématique de cette époque, Averroès (nom latin) ou Ibn Rochd (nom arabe), que se déroule la trame du film. Les affrontements entre religieux fanatiques et savants ouverts à la diffusion des idées font rage. La vie et l’œuvre d’Averroès auront pour axe le combat entre tolérance et intégrisme. “La pensée a des ailes. Nul ne peut arrêter son envol“. Cette citation conclut le film pour signifier que les écrits d’Averroès échapperont finalement à l’autodafé ordonné par le Calife.

Les débats font rage. Scène du film “le destin”
Au Maroc, Averroès ou Ibn Rochd nomme les avenues, les cliniques, les écoles, une université internationale… mais qui connaît vraiment cet homme érudit, savant et philosophe. Il faut dire que l’on doit remonter loin dans le temps !

Clinique Averroès Marrakech
L’HOMME
Averroès, de son vrai nom Abou Al Walid Muhammad Ibn Rochd, est né en 1126 à Cordoue, alors sous domination de l’Empire Almoravide, dynastie berbère originaire du Maroc.

Cordoue
Sa famille, les Banū Rushd, était réputée pour son érudition et son engagement dans les affaires religieuses et judiciaires. Son grand-père, également nommé Ibn Rushd, fut le Cadi (juge) suprême de Cordoue et l’Imam de la Grande Mosquée, soulignant les racines profondes de la famille dans la tradition juridique malékite, prédominante en Afrique du Nord.

Averroès

Marrakech Almohade Bab Agnaou

Ibn Tufayl

Séville Alcazar

Averroès banni par le calife Al-Mansour. Gravure de 1867
Il se rend ensuite à Marrakech où il meurt en 1198. Il y est enterré puis ses restes, dit-on, seront transférés à Cordoue.
SON ŒUVRE
Il est l’auteur d’un traité de médecine Le Colliget qui fera longtemps référence en matière d’anatomie et de pharmacologie. On l’appelle aussi parfois Le Commentateur, en relation avec son travail d’étude et d’analyse de l’œuvre du célèbre Aristote.

Buste d’Aristote
Certains le considèrent comme le précurseur des Lumières. Il a aussi largement inspiré Saint Thomas d’Aquin qui va pourtant le combattre, le considérer corrupteur, hérétique, pourfendeur de la foi. De nombreux tableaux illustrent le triomphe du chrétien Saint Thomas d’Aquin sur l’arabe musulman Averroès.

Triomphe de Saint Thomas d’Aquin Gozzoli vers 1470
Il n’est jamais aisé de résumer la pensée d’un philosophe. Celle d’Averroès est particulièrement complexe et je ne me risquerai pas ici à tenter de l’explorer. Je me contenterai de donner quelques pistes. Averroès a d’abord permis la circulation de la philosophie grecque dans le monde islamique et au sein l’Europe du Moyen Âge.

Statue d’Averroès/Ibn Rochd à Cordoue
Son courant de pensée soutient que raison, philosophie et foi ne sont pas incompatibles. Bien au contraire, elles se complètent.

Les concepts qui l’intéressent et nourrissent sa réflexion sont la Pensée et la façon dont elle procède chez l’homme, les définitions de l’âme humaine et du corps, la compatibilité des dogmes religieux et de la philosophie, la Vérité, la science…
SON HÉRITAGE
Les liens avec René Descartes (1596-1650) sont tissés à plusieurs siècles de distance, même si ce dernier est aussi très critique et théorise des désaccords.

Averroès ne croit pas en l’immortalité de l’âme ni en la création de l’univers. Il peut être considéré comme un rationaliste. Avant d’être rejetées par l’Église, les thèses d’Averroès ont été longtemps admises dans les premières universités occidentales, Paris, Oxford, Padoue. Un autre philosophe majeur, considéré comme le père des Lumières, Spinoza (1632-1677) est dans la lignée d’Averroès.

Baruch Spinoza
Au Maroc, son héritage est considéré comme un symbole de la richesse intellectuelle du pays, carrefour des connaissances et des cultures. Averroès/Ibn Rochd a clairement contribué à la civilisation universelle et le pays en tire beaucoup de fierté bien légitime.

Pour aller plus loin
. Averroès Ibn Rochd ; le philosophe de l’humanité. Abderrahim Bouzelmate. Librairie Gallimard.
. Au détroit d’Averroès. Driss Ksikes. Fayard.
. Averroès. Ali Benmakhlouf. Éditions Belles Lettres.
. Le dehors dedans. Averroès en peinture. De Jean-Baptiste Brenet.




